Parution le 1er mars 2018 !
Mes nuits à la caravane collection DoAdo éditions du Rouergue
Le bonheur de recevoir un carton rempli de mon dernier livre :
On peut bien la traiter de sauvageonne depuis l'école primaire, Lucile aime les rencontres, la musique et sa bande, Ben, Léna et Djoul qui vient de Mayotte. Le jour où après une dispute de plus avec son père, elle décide d'aller s'installer dans la caravane, au fond du pré, ses amis l'aident à l'aménager.
Bientôt, c'est tous les jeunes de ce coin perdu du haut Limousin qui vont s'y retrouver pour tuer le temps.
Voici les premières pages du roman :
de l’autre côté du pré
Un pied dans la boue, l’autre carrément dans l’eau,
je râle à voix haute. Si mon père ne me prenait pas
pour sa bonniche, je n’en serais pas là !
Je m’entends encore hurler ce matin devant l’évier :
– Ce n’est pas parce que je suis ta lle que je dois
m’occuper du ménage, des courses et de la bouffe dans
cette maison qui ne ressemble plus à rien !
Il était si surpris, mon père, qu’il n’a rien trouvé
à redire. J’explosais pour la première fois. En même
temps que je criais, je nous voyais : face à face comme
un vieux couple qui se hait.
La pire des images, alors je me suis cassée.
J’ai sauté sur mon vélo, pour pédaler comme une
forcenée à l’opposé de chez nous. J’ai traversé la natio-
nale, pris la direction du Dorat, et, au vieux pont
gothique, j’ai abandonné mon VTC.
Sur un coup de tête, j’ai décidé de suivre la rivière.
Pendant un bon moment, j’ai couru et grimpé sur les
berges et puis j’ai ralenti.son
Là, maintenant, la vase aspire goulûment mes bottes
en caoutchouc. Je m’accroche aux branches basses et
aux tiges d’osier pour m’extirper de la rivière. Des
oiseaux se moquent et piaillent au-dessus de ma tête.
D’une main, je cueille un iris sauvage, que je coince
entre mes dents. Piégée au milieu de nulle part, brus-
quement je m’apaise. La rage qui m’a poussée à suivre le
cours de la rivière comme une forcenée s’est évaporée.
Emportée, la colère, au gré des tourbillons boueux
et des coups de vent ! Tandis que mes pieds conti-
nuent de s’enfoncer dans la boue, je ris du comique de
la situation. Puis je m’accroupis telle une grenouille
géante et, d’un élan, m’arrache à la fange, aux corvées
ménagères, à la dépression de mon père, pour atter-
rir à nouveau sur la terre ferme, ou presque. En équi-
libre sur un pied, l’autre en chaussette, je récupère
en me contorsionnant ma botte, restée en arrière.
Quelques pas encore et je quitte le cours ombragé
de la Gartempe, l’af uent le plus sauvage du Vincou,
la rivière qui traverse Bellac. Devant moi, le pré très
vert remonte en pente douce. Le soleil joue à cache-
cache avec une bande de nuages gris, la lumière otte,
légère. J’ai longé la rivière à contre-courant, ça, c’est
sûr. Mais où suis-je exactement ? Je n’en ai aucune
idée.
J’écoute le faux silence de la nature pépiant d’oiseaux et bourdonnant d’insectes. C’est le printemps.
Je réalise soudain que mes écouteurs sont restés sur
la table de la cuisine. Au milieu du fouillis qui m'a exaspérée lorsque j’y ai découvert mon père avachi,
avec, à côté de sa joue, un verre renversé, le vin gout-
tant au bout d’une longue traînée rouge, jusqu’au sol.
J’avais changé la nappe le matin même pour donner
un coup de fraîcheur et de gaieté à la cuisine. Deux
ans que mon père n’a plus de travail. Oui, il a tout
perdu, et moi, alors ?!
Il oublie que j’existe. Qu’il a une fille !
Je m’occupe de tout sans qu’il fasse mine de s’en apercevoir. Je remplis le frigidaire, prépare à manger, nettoie... pas comme une maniaque, mais pour réussir à exister encore un peu dans cette maison où lui ne respecte plus rien.
Si bien que je n’ai qu’une envie : grimper, courir, marcher, n’importe où, pour m’épuiser.
Je veux oublier chaque récent souvenir, chaque instant de mauvaise foi, chaque déception.
Devant moi, des chênes centenaires tracent une allée oubliée. Le sentier de randonnée que j’ai rejoint est désert. Acacias, merisiers, lilas éclos, et, en fond sonore, la rivière qui m’attire par son bruit de cascade. Je coupe à travers bois.
Je m’occupe de tout sans qu’il fasse mine de s’en apercevoir. Je remplis le frigidaire, prépare à manger, nettoie... pas comme une maniaque, mais pour réussir à exister encore un peu dans cette maison où lui ne respecte plus rien.
Si bien que je n’ai qu’une envie : grimper, courir, marcher, n’importe où, pour m’épuiser.
Je veux oublier chaque récent souvenir, chaque instant de mauvaise foi, chaque déception.
Devant moi, des chênes centenaires tracent une allée oubliée. Le sentier de randonnée que j’ai rejoint est désert. Acacias, merisiers, lilas éclos, et, en fond sonore, la rivière qui m’attire par son bruit de cascade. Je coupe à travers bois.
Les troncs sont moussus, certains sont tombés, bois
morts magnifiques recouverts de lierre que j’enjambe
ou escalade suivant l’envergure de ces géants abattus.
En n je distingue au travers des branchages la chute
d’eau, remous blancs, gouttelettes bondissantes, et sur
l’autre rive l’ancien moulin inaccessible. C’est beau.
Je me laisse prendre par le son en boucle, à la foisqui
continu et fractionné, de l’eau qui court. Le soleil se
disperse entre les arbres, attrape la brume. Je m’al-
longe, c’est ma première pause depuis Bellac.
La musique de l’eau nit de drainer douleur et colère.
Une branche sèche se détache et me tire de mon abandon.
J’observe les alentours. Je suis seule. Des deux mains, je me mets à creuser sous les fougères et la mousse, m’aidant d’un bâton. L’odeur d’humus monte. D’un geste brusque, j’arrache le médaillon émaillé que je porte sous mon pull et le jette au fond du trou. Je le recouvre de terre meuble et jaune et saute à pieds joints dessus.
Ce pendentif moche, mon père me l’a donné par défaut, parce qu’il avait oublié mon anniversaire. Il a trouvé sa place. Bien mieux au fond du trou qu’autour de mon cou.
En n libérée, je rejoins le sentier, repars droit devant.
J’arrive à une trouée, le ciel strié de branches domine un vieux pont. Quatre arches de pierres. Je cours, déboule sur la chaussée étroite et grimpe sur l’autre rive pour quitter le lit de la Gartempe.
La musique de l’eau nit de drainer douleur et colère.
Une branche sèche se détache et me tire de mon abandon.
J’observe les alentours. Je suis seule. Des deux mains, je me mets à creuser sous les fougères et la mousse, m’aidant d’un bâton. L’odeur d’humus monte. D’un geste brusque, j’arrache le médaillon émaillé que je porte sous mon pull et le jette au fond du trou. Je le recouvre de terre meuble et jaune et saute à pieds joints dessus.
Ce pendentif moche, mon père me l’a donné par défaut, parce qu’il avait oublié mon anniversaire. Il a trouvé sa place. Bien mieux au fond du trou qu’autour de mon cou.
En n libérée, je rejoins le sentier, repars droit devant.
J’arrive à une trouée, le ciel strié de branches domine un vieux pont. Quatre arches de pierres. Je cours, déboule sur la chaussée étroite et grimpe sur l’autre rive pour quitter le lit de la Gartempe.
Dans une boucle de la route, je découvre une
maison. Construite en paliers sur les rochers, elle
épouse les courbes naturelles du terrain et domine la
combe où coule la rivière. Isolée mais accueillante.vont
Par curiosité, j’avance sur le chemin aux gravillons
blancs qui lui donne accès. Et puis je m’arrête, n’osant
aller plus loin, les gens n’aiment pas que l’on s’intro-
duise chez eux, dans leur propriété privée. Mais une
fenêtre au rez-de-chaussée s’ouvre sur la façade. Le
visage d’une femme âgée apparaît. Elle me questionne
avec le sourire :
– Vous êtes perdue ?
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